Aude Carrez, nutritionniste : le parcours d’une professionnelle engagée pour une nutrition plus juste

Derrière chaque recette se cache une expertise solide. Aude Carrez, c’est un parcours exigeant, une formation rigoureuse et une vision claire de ce que doit être une alimentation de qualité. Dans cette interview, elle nous livre sans filtre son cheminement, ses remises en question et les valeurs qui guident son travail au quotidien.

aude carrez et son chien guizmo
1.Peux-tu nous raconter ton parcours et ce qui t’a conduite à te spécialiser en nutrition canine ?

Je suis partie en école d’ingénieurs en agroalimentaire un peu par défaut, portée par le cursus, mais avec une vraie envie de me spécialiser du côté scientifique et, de préférence, avec les animaux. J’ai toujours eu cette passion depuis petite pour les animaux, notamment les chiens à la base, la passion pour les chats est venue bien plus tard.

Je me suis donc retrouvée en école d’ingénieur en agroalimentaire, et dans ce cursus, j’ai eu l’occasion d’avoir un intervenant qui travaillait dans le petfood. Il nous avait parlé de la nourriture pour chiens et chats, des croquettes, des pâtées… et ça a été une véritable révélation pour moi. Je me suis dit : « Mais c’est exactement ça que je veux faire ! » Ça alliait le côté scientifique avec le bien-être des animaux. Je travaillais vraiment pour eux.

C’est ce contexte qui m’a amenée, une fois mon diplôme en poche, à vouloir me spécialiser réellement en petfood. Sur ma dernière année d’études, j’ai fait plein de projets autour des chiens et des chats : j’ai travaillé sur les probiotiques et prébiotiques pour eux notamment.

Mais post-diplôme, je me suis dit : « Il faut vraiment que je trouve une spécialisation. » C’est là qu’à l’époque, il y avait encore le CES à Maisons-Alfort. J’ai eu la chance d’avoir un tête-à-tête avec le Professeur Grange, c’est un grand personnage ! Je pense qu’il a été touché par mon parcours et ma motivation. Le feeling est très bien passé.

Suite à ça, le cursus à Maisons-Alfort s’est ouvert. J’y ai déposé un CV et une lettre de motivation, j’ai été acceptée, et l’aventure a commencé.

2. Comment es-tu passée de la formation à la pratique concrète sur le terrain ?

C’est à partir de là, quand j’étais dans le milieu de la nutrition et de l’alimentation pour chiens, au milieu des vétérinaires, on était une vingtaine, avec seulement trois ingénieurs, que je me suis rendu compte du besoin. À l’époque, c’était déjà en 2014, et il y avait un réel besoin de la part des gens, beaucoup de questions autour de la nourriture. Je me suis dit : « Ce n’est pas possible, il faut que j’en fasse mon métier ! »

J’ai eu l’occasion de créer mon entreprise. C’est là où Gamelle au Poil est arrivée, en 2019, pour commencer par l’accompagnement des particuliers : bilans diététiques et suivis diététiques.

À l’époque, quand je me suis lancée, j’étais aussi en lien avec d’autres porteurs de projets qui voulaient lancer leur gamme d’aliments pour chiens et chats. Le feeling est bien passé et, comme je suis ingénieure en agroalimentaire de base et que j’ai adoré ces études, je me suis dit : « Pourquoi je ne les aiderais pas à monter leur cahier des charges ? »

Pour moi, c’était complémentaire : d’un côté, j’accompagne les particuliers pour optimiser la gamelle de leur chien et de leur chat, et de l’autre, j’accompagne les projets en petfood pour améliorer les gammes qu’on pourra trouver sur le marché. Tout s’est fait dans la logique. J’ai donc lancé ces deux activités en parallèle au même moment.

3. Quelles ont été les principales difficultés ou remises en question au début de ton activité ?

Le contexte économique a été compliqué en 2019. Sans activité salariée à côté, c’est toujours délicat de se lancer sans recul. Et derrière, en 2020, est arrivé le Covid, donc beaucoup de peur. Mais finalement, ça a permis aux gens de se rapprocher de leurs animaux, et le marché s’est donc fortement développé.

4. Avec le recul, quelles compétences ou qualités se sont révélées indispensables dans ton métier ?

C’est un métier d’écoute. La bienveillance est essentielle pour moi, et les gens en ont beaucoup besoin, particuliers comme professionnels.

5. Comment décrirais-tu aujourd’hui ta vision de la nutrition canine, après plusieurs années de pratique ?

La nutrition est en constante évolution, la nutrition en général, d’ailleurs. Il y a ce qu’on voit dans la littérature scientifique, et il y a la réalité du terrain. Et je pense que c’est ça qui est essentiel.

Les chiens ou les chats sont des animaux avec leur propre métabolisme. On a beau calculer et appliquer la théorie à la lettre, ils sont soumis à leur environnement, leur stress et aussi à leur humain. Il faut donc une bonne prise de recul au quotidien pour appliquer au mieux suivant chaque patient.

La nutrition est un sujet vraiment passionnant où on apprend tous les jours de nouvelles choses. C’est un métier très gratifiant, mais il faut garder en tête de savoir s’adapter.

6. Qu’est-ce qui te motive encore au quotidien dans ton accompagnement des propriétaires et des projets que tu suis ?

L’échange que je peux avoir avec chaque individu. Le bonheur d’avoir des retours positifs grâce aux améliorations. Quand j’aide aussi des chiens à bien vieillir, tout ce partage avec des propriétaires que je suis depuis très longtemps : adapter les rations en fonction de l’âge et de la vie de l’animal, l’accompagner au mieux vers la vieillesse…

C’est un vrai cadeau de la part des propriétaires et de leurs compagnons quand ils vont bien, et de savoir que je serai là pour les écouter, les épauler, même dans les moments difficiles.

Pour les professionnels, ma plus grande motivation est de voir la finalité du travail : toute la réflexion en amont du projet, se pencher sur les contraintes des cahiers des charges… et voir la finalité.

7. As-tu constaté une évolution du regard des propriétaires sur l’alimentation de leur chien ces dernières années ?

Complètement, surtout depuis le Covid. Ils ont compris que l’alimentation est devenue essentielle et qu’elle est très importante dans la santé du chien.

8. Selon toi, qu’est-ce qui distingue un professionnel engagé d’un simple discours bien formulé ?

La passion. La neutralité. On n’est pas là pour vendre quelque chose, on est vraiment là pour s’adapter à l’animal.

Même si je travaille sur des projets petfood, je ne suis pas là pour vendre les marques derrière. Même si je reste rigoureuse dans mon travail à créer des aliments optimaux, « haut de gamme », même si je n’aime pas ce terme, on cherche à couvrir les besoins optimaux des animaux, bien au-dessus des recommandations de la FEDIAF. Et même si on sait que l’aliment ne pourra pas convenir à tous les chiens ou tous les chats, on cherche vraiment le meilleur.

Quand je fais un bilan pour un particulier, je sais que j’aurais potentiellement de bons produits à lui proposer, et après je laisse les gens faire leur choix en fonction de leur budget, de leurs croyances…

9. Si tu devais donner un conseil à quelqu’un qui souhaite se lancer dans la nutrition animale, lequel serait-ce ?

On est sur un domaine qui a besoin de se développer. C’est un nouveau métier qui n’existait pas il y a encore quelques années. Il faut se battre pour qu’on soit reconnu, il faut du courage et de la rigueur.

On ne se lance pas dans la nutrition animale sans avoir de connaissances. On ne peut pas faire n’importe quoi car ça peut être vraiment dangereux.

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