Décrypter une étiquette, par Aurélia Vetnurse

Décrypter un sac de croquette de A à Z - par Aurélia Vetnurse

Aurélia, fondatrice d’Aurelia Vetnurse, est Auxiliaire Spécialisée Vétérinaire avec plus de 10 ans d’expérience en clinique, passionnée par la santé et le bien-être animal. Elle accompagne aujourd’hui propriétaires et professionnels grâce à des conseils pratiques en nutrition canine et féline, des formations aux gestes de premiers secours et des outils pédagogiques clairs, alliant expérience de terrain et approche humaine pour aider chacun à prendre les meilleures décisions pour son compagnon.

aurélia tourneur

1 – Peux-tu te présenter et nous expliquer en quoi ton métier t’amène à analyser des sacs de croquettes au quotidien ?

Je m’appelle Aurélia et je suis infirmière vétérinaire depuis plus de 10 ans.
J’ai suivi une formation d’un an avec une école d’ASV, ainsi qu’avec des vétérinaires nutritionnistes et des ingénieurs agronomes, afin de me spécialiser en nutrition. Grâce à ça, j’ai pu réaliser des bilans nutritions au sein de ma clinique, et j’ai adoré proposer ce service ! C’est ce qui m’a ensuite donné envie de le faire aussi en dehors des cliniques, sous mon propre nom (après accord de l’Ordre des vétérinaires 😉).

Du coup, lire, décrypter et expliquer l’alimentation est devenu, petit à petit, mon quotidien.

2 – Selon toi, quelle est la première erreur que font les propriétaires lorsqu’ils lisent un sac de croquettes ?

Il y a un truc qui s’appelle le neuromarketing : c’est du marketing version plus poussée, et les marques savent très bien l’utiliser.
C’est une science qui permet de comprendre si l’on est plus attiré par le bleu, le rouge, certains mots plutôt que d’autres, ou même par des phrases qui vont davantage percuter notre esprit.

Et malheureusement… on tombe tous dans le piège. Moi la première, d’ailleurs, puisque c’est exactement pareil chez les bipèdes 😅

Les propriétaires veulent faire au mieux pour leur animal, et pour moi, la première erreur, c’est de faire confiance à un packaging alléchant : celui qui nous fait prendre le sac sur l’étagère ou cliquer sur « acheter ».

3 – Quelles informations sur un sac sont obligatoires légalement, et lesquelles relèvent uniquement du marketing ?

Il y a quand même des lois (un peu 😄), construites par la FEDIAF et la FACCO, et surveillées par la DDPP et la répression des fraudes. 
Tout ce cadre concerne la législation de l’étiquetage : numéro de lot, date de consommation limite, espèce cible, etc.

Mais surtout, il y a des mentions obligatoires, comme le fait de savoir si l’aliment est « complet » ou « complémentaire ».
Un aliment complet est formulé pour couvrir l’ensemble des besoins nutritionnels de l’animal, alors qu’un aliment complémentaire vient en complément d’une autre alimentation (comme les friandises, par exemple).

On doit également retrouver la liste des matières premières, ainsi que les constituants analytiques, avec leurs taux : protéines, lipides, cendres et fibres.

Tout le reste… ce sont surtout des arguments marketing.

4 – Pourquoi deux sacs de croquettes peuvent-ils afficher des promesses très différentes tout en respectant les mêmes normes ?

Comme on l’a dit juste avant, il y a des normes à respecter ! Toutes les marques de petfood doivent suivre un cahier des charges, aussi bien sur le plan réglementaire que sur l’étiquetage et la composition.

Ensuite, chaque équipe marketing fait son travail : emballer tout ça avec des promesses et des paillettes ✨
Et parfois, c’est là que les différences se créent. 

Il existe même des marques qui proposent exactement la même composition. On appelle ça des marques blanches : on achète une recette « clé en main » à l’usine, choisie sur catalogue… et le produit est prêt.

5 – Comment lire une liste d’ingrédients sans se faire piéger par l’ordre, les allégations ou les abus marketing ?

Ça, c’est toute une quête…

Quand on regarde une composition, on remarque effectivement qu’il y a un ordre décroissant : le premier ingrédient est celui présent en plus grande quantité (normalement !), et le dernier… il n’y en a presque plus.

Mais même dans cette partie de l’emballage, la marque peut encore nous jouer des tours.
Par exemple avec le mot « frais ». Il permet de placer une protéine en première position, du type « poulet frais 45 % ». Oui, à 45 %, il sera tout devant dans la liste.

Sauf que « frais » est une allégation marketing : le poulet passe forcément par un extrudeur (de grosses machines qui cuisent), et il perd une grande partie de son eau. Concrètement, il faut retirer environ 60 à 70 % à ce taux pour avoir une idée plus réaliste de la quantité réelle de poulet une fois transformé. (Il ne reste plus trop de poulet à la fin !) 

Deuxième point très fréquent : on se réjouit en voyant les glucides en 3ᵉ ou 4ᵉ position (youhou, trop bien !), mais juste derrière apparaissent « farine de blé », « brisures de blé », « flocons de blé »… pour ne pas dire tout simplement : blé.
C’est ce qu’on appelle le fractionnement des ingrédients : on découpe une même matière première en plusieurs termes pour qu’elle n’apparaisse pas en première ligne. (Mais ça c’est juste sur le papier) 

Je pourrais écrire des tonnes de choses sur les abus marketing… et ce n’est pas pour rien que le mot ABUS est bien choisi.
Ce sont des mots à la mode, qu’on voit partout — parfois même en nutrition humaine — et qui nous touchent déjà en tant qu’humains. Donc forcément, on veut faire aussi bien pour notre animal.

Frais, naturel, enrichi en, premium, hypoallergénique…
Ce n’est vraiment pas une mince affaire de décortiquer tout ça.

Il faut juste se dire une chose, dès le départ : vous allez lire des mots qui sont faits pour vous donner envie d’acheter. Et c’est normal.

Si vous vous dites « Oui mais tu vois, c’est écrit que la croquette est naturelle ! » Non, la croquette est un produit transformé, donc par définition, pas naturel. 

6 – Que signifient réellement les pourcentages affichés sur certains ingrédients, et que cachent-ils parfois ?

Les pourcentages correspondent aux constituants analytiques. À ce niveau-là, la marque ne peut plus trop tricher : on commence à y voir un peu plus clair.

On retrouve obligatoirement, au minimum, les protéines, les lipides, les cendres et les fibres.
Mais ces valeurs sont toujours données au total.

Par exemple, si un produit contient du poulet et des pois, le taux de protéines indiqué inclura à la fois des protéines animales et des protéines végétales. Le pourcentage affiché ne fait donc pas la différence entre les deux.

C’est la même chose pour les matières grasses : on y retrouve aussi bien les bons gras, comme les acides gras essentiels, que des graisses animales ou des graisses plus transformées. Là encore, tout est regroupé dans un seul chiffre.

Il faut également savoir qu’il peut exister de légères variations entre les lots. La réglementation autorise une certaine tolérance, avec quelques pourcentages d’écart, sans que cela ne signifie un changement volontaire de la formulation.

7 – À quoi servent les mentions comme « aliment complet », « formulé selon les recommandations », ou « équilibré » ?

Comme on l’a dit, les mentions « aliment complet » ou « aliment complémentaire » sont obligatoires. Elles permettent de savoir si l’aliment a été formulé pour couvrir — ou non — l’ensemble des besoins nutritionnels de l’animal.

Un aliment complet peut donc être donné seul, alors qu’un aliment complémentaire vient uniquement en complément d’une autre alimentation. C’est pour cette raison qu’on évite de nourrir un animal uniquement avec du complémentaire, sous peine de créer des carences.

La mention « formulé selon les recommandations », en revanche, dépend surtout… de ce qui vient après 😅
Si c’est « selon la réglementation petfood », eh bien… encore heureux.
Si c’est « selon les recommandations d’un vétérinaire nutritionniste », c’est tout à fait possible — à condition, bien sûr, que ce soit réellement le cas.

Certaines communications peuvent parfois utiliser des codes visuels ou des formulations destinées à inspirer confiance, sans que cela reflète forcément une expertise réelle. Dans ces situations-là, on se rapproche davantage de la publicité trompeuse, qui relève de la répression des fraudes.
Mais dans les faits, ce type de contrôle reste compliqué et pas toujours systématique.

8- Les tableaux analytiques sont-ils toujours comparables d’une marque à l’autre ? Pourquoi faut-il être prudent ?

On peut tout à fait les comparer, oui.
Mais le tableau analytique reste une pièce du puzzle, pas le puzzle entier.

Pour comparer correctement deux aliments, il faudrait regarder le tableau analytique, la composition, mais aussi faire certains calculs de ratios, etc.

C’est un peu comme comparer un burger de McDo et un burger maison.
Oui, dans les deux cas il y a du pain, de la viande, de la salade et des frites.
Mais tous les autres paramètres entrent aussi en jeu.

9 – Quelles zones du sac sont, selon toi, les plus trompeuses pour le consommateur ?

La première de couverture. Le devant, bien sûr.
De toute façon, c’est la première chose que le client voit lorsqu’il est en magasin.

Sur internet, c’est un peu différent : l’information est plus étalée. Il y a des images, des textes, des promesses… et finalement, c’est souvent la description du produit qui va faire mordre à l’hameçon.

10 –  Si tu devais apprendre à un propriétaire à analyser un sac de croquettes en 60 secondes en magasin, quelles étapes lui donnerais-tu ?

« Bonjour, moi c’est Aurélia, je suis spécialiste, voici ma carte ! »
Si seulement c’était si facile 😅

En réalité, je parlerais plutôt de red flags : des signaux d’alerte qui vont nous sauter aux yeux. Et en général, au bout de trois red flags, il vaut mieux reposer le paquet.

1️⃣ Les allégations marketing douteuses
Naturel, frais, cuisiné… Ce sont des mots très accrocheurs, mais qui n’ont pas toujours de vraie valeur nutritionnelle derrière.

2️⃣ Le taux de cendres
C’est rapide à regarder, et il est toujours indiqué.
Au-dessus de 7,5 %, on commence à avoir beaucoup de cendres.
(Attention, cette règle ne s’applique pas aux aliments à visée thérapeutique, qui peuvent contenir davantage de minéraux.)

3️⃣ Et le reste…
On pourrait parler des taux de protéines, des rations, du calcium, du phosphore… mais soyons honnêtes : on n’est pas tous là pour sortir la calculette en plein rayon 😄
Donc je dirais : regardez aussi l’ambiance générale du paquet.

Un beau filet de poulet, une montagne, un loup en arrière-plan… alors que vous avez un Yorkshire de canapé à la maison : clairement, ça ne matche pas 😉

Pour en savoir plus sur Aurélia et prendre un rendez-vous bilan nutrition c’est ici ! 
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