Viande fraîche, sans céréales, premium… et si on vous avait menti ?

Laureline Leurquin est nutritionniste canine et féline, fondatrice de L’Équilibre d’Ostara. Sociologue de formation et professionnelle des ressources humaines depuis 18 ans, c’est sa Boston Terrier Ostara,  atteinte d’une maladie inflammatoire chronique de l’intestin, qui l’a conduite vers une reconversion passionnée. Formée en Suisse en diététique animale, elle propose aujourd’hui des accompagnements 100 % sur mesure pour chiens et chats : bilans nutritionnels, plans alimentaires personnalisés, recettes ménagères et ateliers de sensibilisation. Son fil conducteur : une alimentation adaptée, éclairée, et accessible à tous les budgets. Découvrez son interview ci-dessous !

laureline ostara
1 – Avant d’entrer dans le vif du sujet, pouvez-vous nous expliquer votre parcours et ce qui vous a amenée à vous spécialiser en nutrition canine ?

Les animaux ont toujours occupé une grande place dans ma vie : l’équitation durant mon enfance, puis mes deux chats, Cannelle et Iris, qui ont partagé mon quotidien. Ce lien fort avec eux m’a toujours accompagnée.

L’arrivée d’Ostara, ma Boston Terrier, a cependant été le véritable tournant, la genèse de tout. Ses sensibilités digestives, puis le diagnostic de sa maladie inflammatoire chronique des intestins (MICI), m’ont poussée à m’intéresser de près à la nutrition canine. Plus j’apprenais pour l’aider, plus cette discipline devenait une évidence. Ce qui devait être une démarche ponctuelle est devenu une passion grandissante. Plus j’apprenais, plus je comprenais comment l’alimentation pouvait transformer le bien-être, la vie d’un animal.

Grâce à ce cheminement et à de belles rencontres, j’ai choisi d’en faire mon métier. Je me suis formée dans une école Suisse pour devenir nutritionniste pour chien et chat. Une formation complète et exigeante indispensable pour devenir une experte.

En parallèle de mon métier en nutrition, je travaille encore aujourd’hui dans le domaine des ressources humaines, domaine  dans lequel j’ai développé un vrai sens de l’écoute et de l’accompagnement des personnes. Mon projet final est de pouvoir me consacrer pleinement à la nutrition.

2 – Aujourd’hui, quel est votre rôle en tant que nutritionniste, et comment accompagnez-vous concrètement les propriétaires ?

En tant que nutritionniste canin et félin, mon rôle est d’aider les humains à offrir à leur chien et à leur chat une alimentation adaptée, équilibrée et qui répond à leurs besoins. Chaque animal est unique : son environnement, son niveau d’activité, ses sensibilités, ses préférences, la disponibilité de son humain ou encore le budget… tous ces éléments influencent la construction d’une gamelle optimale pour lui. Je m’adapte à l’humain, qui est au centre du changement, tout en répondant aux besoins de l’animal.

Mon travail consiste donc à écouter, analyser et proposer un accompagnement alimentaire 100% sur mesure. Je conseille sur le choix du type d’alimentation selon les besoins de l’animal et les possibilités de l’humain (ration industrielle, ration ménagère, type BARF (équilibré), mixte), j’aide à comprendre les étiquettes, à équilibrer une gamelle ou encore à ajuster une ration en fonction des objectifs de santé. C’est une expertise pour tous: chiot, chaton, adulte, senior, en bonne santé ou avec des intolérances.

Mais mon rôle va au-delà du simple choix alimentaire : j’offre un suivi individualisé, j’explique, je rassure, j’oriente vers d’autres professionnels lorsque c’est nécessaire. Je garde toujours en tête que je ne suis pas vétérinaire : ma pratique ne remplace jamais un avis ou un traitement médical. C’est la raison pour laquelle chaque chien ou chat que j’accompagne doit avoir un suivi vétérinaire ‘à jour’.

Mon objectif final ? Contribuer au bien-être durable de l’animal et soutenir les humains dans une démarche éclairée, respectueuse et cohérente avec leur quotidien.

Pour terminer, je voudrais briser une idée reçue : il ne faut absolument pas attendre que l’animal soit malade pour prendre soin de sa gamelle. L’alimentation est le premier médicament.

3 – Qu’est-ce qu’une “bonne” alimentation d’un point de vue strictement nutritionnel, indépendamment du marketing ?

Une bonne alimentation repose avant tout sur sa qualité et son équilibre : elle doit apporter chaque jour à votre chien l’ensemble des nutriments essentiels nécessaires à ses besoins. Cela implique un apport énergétique suffisant, des nutriments adaptés à ses besoins spécifiques et une ration en accord avec son appétit et ses préférences.

Parce que la nutrition joue un rôle majeur dans le confort de vie, la prévention des troubles et la longévité de l’animal, l’alimentation doit être pensée en fonction des caractéristiques propres de chaque individu. Un chien ne vit pas toujours les mêmes situations au cours de sa vie : croissance, activité, sensibilité digestive, vieillissement… Autant d’étapes qui peuvent nécessiter d’ajuster la composition ou la distribution de sa gamelle,  et c’est parfaitement normal.

Offrir quotidiennement une alimentation équilibrée permet ainsi à votre compagnon de préserver sa santé aussi bien au quotidien que sur le long terme. Un aliment de qualité doit remplir trois missions essentielles :

  1. couvrir ses besoins énergétiques avec un apport calorique adapté,
  2. répondre à ses besoins nutritionnels spécifiques,
  3. rester en adéquation avec son appétit.

Enfin, n’oublions pas que manger doit aussi être un plaisir pour votre chien. 

4 – Pourquoi la liste d’ingrédients seule ne suffit pas à juger la qualité d’une marque ?

Quand on choisit une croquette, beaucoup de personnes se fient uniquement à la liste d’ingrédients. Pourtant, si cette liste donne quelques indications, elle ne permet pas à elle seule d’évaluer la qualité réelle d’un aliment.

La liste ne dit rien de la qualité des ingrédients car elle ne donne pas les valeurs nutritionnelles. Il faut se référer aux constituants analytiques. C’est eux qui vont permettre de choisir un aliment industriel adapté pour votre animal. Ils sont exprimés en %, c’est -à -dire en gramme de nutriments pour 100g d’aliment.

Sans l’analyse nutritionnelle, impossible de savoir si la croquette répond réellement aux besoins de votre chien.

Il est important de rappeler que l’industriel a des obligations au niveau de l’étiquetage. Certaines valeurs nutritionnelles doivent obligatoirement figurer sur le paquet de croquettes: 

  • le taux de protéines brutes
  • le taux de matières grasses brutes
  • la cellulose brute (fibres)
  • les cendres brutes (résidus minéraux)

La liste d’ingrédients est un point de départ, mais certainement pas un indicateur fiable de la qualité globale d’une croquette. 

5 – La teneur en protéines est souvent mise en avant : est-ce réellement un critère fiable ?

On parle beaucoup du taux de protéines sur les paquets de croquettes. Pourtant, ce chiffre n’est qu’une donnée quantitative : il ne dit rien de la qualité réelle de la protéine. Ce qui importe vraiment, c’est la valeur biologique des protéines et leur capacité à fournir les acides aminés essentiels, indispensables au chien car il ne peut pas les fabriquer lui-même. C’est ce que révèle l’aminogramme, un indicateur bien plus pertinent que le pourcentage affiché (mais il est difficile à obtenir pour les particuliers).

Toutes les protéines ne se valent pas. Certaines sont riches en acides aminés essentiels, d’autres beaucoup moins. Si l’un d’eux manque, les autres ne peuvent pas être correctement utilisés, ce qui réduit la valeur biologique de la protéine. Sa digestibilité est tout aussi importante : le chien ne profite que des nutriments qu’il peut réellement absorber.

C’est pourquoi un aliment peut être très protéiné tout en restant mal adapté, notamment lorsqu’il s’appuie sur des sources de faible qualité (os, cartilage, protéines végétales en excès). À l’inverse, une croquette moins protéinée mais dotée d’un aminogramme complet et de bonnes sources animales peut parfaitement couvrir les besoins nutritionnels du chien.

En réalité, deux croquettes affichant le même pourcentage peuvent offrir une qualité totalement différente. Le rôle de l’alimentation n’est pas de fournir « le plus » de protéines, mais les bonnes protéines, digestes, complètes et adaptées aux besoins individuels de chaque chien.

6 – Que pensez-vous des tendances comme le “sans céréales” ou la “viande fraîche” ?

Les croquettes sans céréales ne sont pas automatiquement meilleures. Aujourd’hui, on diabolise les céréales, malheureusement. Je rappelle que le chien à la capacité de digérer l’amidon bien cuit et en quantité adaptée. Les céréales apportent des fibres, des vitamines, des minéraux et de l’énergie. 

Aujourd’hui, rien ne prouve que le sans céréales est mieux digéré par les chiens. Rappelons que les céréales sont plus digestes que les légumineuses chez le chien et le chat. Enfin, les acides aminés issus des protéines de céréales sont également très bien valorisés par le chien. Paradoxe puisque beaucoup de marques mettent en avant leur produit sans céréales pour des animaux qui souffrent de sensibilité digestive, alors que les légumineuses utilisées en remplacement des céréales peuvent être mal tolérées et provoquer des troubles digestifs.

L’intérêt réel de donner du sans céréales à votre chien :
  • Utile en cas d’allergie avérée à une céréale (reste rare chez le chien).
  • Peut avoir un intérêt digestif chez certains chiens sensibles.

Le “sans céréales” n’est donc pas un gage de qualité et sa recommandation se fera selon l’historique complet de l’animal. 

Et il n’y a pas de viande fraîche dans les croquettes. Une croquette est un aliment déshydraté. La viande fraîche apparaît souvent en tête de liste des ingrédients car ils sont pesés avant la cuisson. C’est à ce moment-là qu’ils sont gorgés d’eau (environ 70 à 80 % d’eau). 

Pour obtenir une croquette, l’aliment est déshydraté et cette eau s’évapore. Le poids de la viande diminue donc drastiquement. Si vous lisez 40% de viande fraîche sur le paquet, après la cuisson, il ne reste plus qu’environ 10% de cette viande dans la croquette finale. 

La mention “viande fraîche” est un outil marketing bien rodé pour tromper le consommateur.

7 – Quels indicateurs nutritionnels sont réellement pertinents pour évaluer une croquette ?

Pour juger la qualité d’une croquette, oubliez les slogans marketing. Voici quelques indicateurs clés qui font toute la différence:

  • L’aminogramme : le profil en acides aminés essentiels, indispensable pour évaluer la qualité réelle des protéines.
  • La digestibilité : une protéine n’est utile que si le chien peut l’assimiler facilement.
  • L’origine des protéines : privilégier des sources animales de qualité
  • Le ratio protido‑calorique (RPC) : vérifie que le taux de protéines est cohérent avec l’apport énergétique. 
  • L’affichage du taux de calcium et de phosphore : gage de transparence du fabricant.
  • La teneur en Oméga 3 et oméga 6 de la croquette.

En résumé : la valeur d’une croquette se mesure à la qualité, la digestibilité et l’équilibre de ses nutriments.

8 – Pourquoi les analyses de laboratoire sont-elles un critère clé de sérieux pour une marque ?

Les analyses de laboratoire sont un critère de sérieux d’une marque de croquettes car elles garantissent :

  • L’exactitude de la composition
  • La qualité des matières premières
  • La sécurité sanitaire
  • Le respect des normes FEDIAF/AAFCO
  • La transparence de la marque

Les analyses vérifient que la croquette :

  • couvre les besoins essentiels (acides aminés, acides gras, minéraux, vitamines)
  • respecte les ratios importants (ex. Ca/P, Na/K)
  • n’est ni déficitaire ni excessive (ce qui peut provoquer carences, troubles osseux, calculs urinaires, etc.)

Sans analyse, on se fie à ce que la marque déclare, pas à ce qu’elle fournit réellement.

Les marques sérieuses font des analyses régulières pour garantir que leurs lots sont sains.
Celles qui refusent de les partager… c’est souvent mauvais signe. 

Cette transparence me permet à moi, nutritionniste, d’avoir une base scientifique solide pour mes recommandations et mes calculs.

9 – Quels signaux d’alerte devraient immédiatement faire douter un propriétaire ?
  1. Une liste d’ingrédients à rallonge, vague ou non spécifiques : “protéines animales”, “graisses animales” sans aucune précision. Il est impossible de savoir ce que son animal mange réellement. Cela pose un problème pour les chiens sensibles d’un point de vue digestif.
  2. Présence excessive de protéines végétales (pois, lentilles, etc.). 
  3. Le packaging trop valorisant sur les produits, trop marketing: des photos de viande fraîche découpée (qui ne reflètent pas la réalité des croquettes extrudées). En réalité, les produits contiennent des produits moins nobles qu’un filet de poulet.
  4. Quand l’emballage mise surtout sur  des mentions vagues « premium », « holistique », « naturel ».
  5. Des promesses sensationnelles (« booste l’immunité », « énergie», « digestion parfaite »)
  6. Pas de précision du stade de vie (chiot, adulte, senior) 
10 – Si vous deviez donner 3 critères non négociables pour choisir une marque d’alimentation canine, lesquels seraient-ils ?

1-  une liste d’ingrédients détaillée (transparence).

2 – Une protéine animale en première position + équilibre nutritionnel 

3 – Traçabilité

On pourrait les résumer comme ceci:

“Je dois savoir ce qu’il y a dedans, d’où ça vient, et si c’est vraiment adapté à mon chien.”

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