Taxi animalier : on n'y pense jamais, jusqu'au jour où Manon est là !

Ancienne ASV reconvertie en taxi animalier, Manon a fait de la bienveillance un métier à part entière. Entre les trajets, les animaux stressés et les propriétaires inquiets, elle nous raconte ce que signifie vraiment prendre soin, au-delà du soin.

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1 – Comment on devient taxi animalier concrètement ? Il existe une formation, un cadre légal ?

Pour devenir taxi animalier, il y a plusieurs étapes, car en France le transport d’animaux de compagnie est encadré par différentes réglementations.

Il faut évidemment avoir le permis B, une assurance ainsi qu’une RC PRO.

Il faut obtenir des certifications comme l’ACACED  « Attestation de Connaissances pour les Animaux de Compagnie d’Espèces Domestiques »  ainsi que le TAV, « Transport d’Animaux Vivants ».

Ensuite, une fois son entreprise créée, il faut demander à être enregistré au registre routier ainsi qu’au registre sanitaire vétérinaire. Il faut déclarer une activité professionnelle en lien avec les animaux de compagnie sur le site du ministère de l’Agriculture, de la Souveraineté Alimentaire et des Forêts.

Il faut aussi un vétérinaire sanitaire agréé qui donne son accord par document signé. Puis un rendez-vous est organisé avec le vétérinaire sanitaire de la DDPP de sa région, qui examine le dossier et inspecte le véhicule, il vérifie qu’il respecte les normes sanitaires : caisses de transport adaptées, ventilation, etc.

Selon l’équipement du véhicule, le vétérinaire délivre soit une autorisation de transport courte durée de type 1 (8h maximum dans l’UE, 12h en France), soit une autorisation longue durée de type 2.

Et il faut ensuite tenir un registre : les animaux transportés, les coordonnées des propriétaires, les informations sur l’animal… ainsi qu’un registre sanitaire avec les produits utilisés, les horaires de nettoyage et de désinfection, etc.

2 – Tu étais ASV avant de te lancer, qu’est-ce qui t’a fait basculer vers le taxi animalier ?

J’étais passionnée par mon métier d’ASV, je travaillais au sein d’une équipe incroyable. Et puis à l’arrivée de mon petit garçon, les nuits étaient très courtes, j’avais beaucoup de route pour aller à la clinique, sans compter les bouchons, Bastia en période estivale, c’est l’enfer !

L’ASV, c’est un métier merveilleux, mais qui est exigeant, surtout sur le plan psychologique. Tu passes par toutes les émotions, les moments sympas avec les chiots et les chatons, mais aussi la réalité : les euthanasies, parfois plusieurs dans la même journée. Et on ne s’y habitue pas. Ça a forcément un impact, de près ou de loin, parce que tu connais l’animal, les propriétaires, tu ressens leur peine, et puis surtout, tu sais que toi aussi tu passeras par ce moment terrible.

Il y a aussi les urgences, les hospitalisations, l’accueil, l’assistance en chirurgie, les commandes, les rendez-vous… C’est un métier où, pour moi, tu dois réussir à laisser ta vie et tes problèmes derrière la porte de la clinique pour te consacrer à 300% à tout ce que tu fais. Parce qu’on travaille avec du vivant, avec des clients, et on n’a pas le droit à l’erreur, un mauvais dosage, une mauvaise voie d’administration, ça peut avoir de lourdes conséquences, voire entraîner le décès d’un animal.

Et avec la fatigue accumulée, les nuits blanches qui s’enchaînaient, les trajets… je ne me sentais plus capable. J’avais peur de faire une erreur d’inattention, de créer une mauvaise ambiance dans l’équipe ou envers les clients. Alors j’ai pris la lourde décision d’arrêter.

Il y avait aussi une problématique récurrente chez certains clients : la difficulté d’amener leur animal en clinique. Soit parce qu’ils travaillaient aux mêmes heures que la clinique, soit parce qu’ils n’étaient plus véhiculés, notamment les personnes âgées ou en situation de handicap. La difficulté de mettre un chat en caisse, de supporter ses miaulements tout le long du trajet… Parce qu’il y a peu de vétérinaires qui se déplacent à domicile, et certaines personnes vivent dans des villages reculés.

J’avais du mal à me projeter vers autre chose, parce que je quittais à contrecœur un métier qui me passionnait. Alors j’ai créé En Voiture Simone, parce que je gardais le lien avec les cliniques vétérinaires, le lien avec les clients et leurs animaux, et cette sensation d’être utile et d’apporter une solution à de vraies difficultés.

3 – Comment on prend en charge un animal stressé dans un véhicule ? Tu as développé des techniques particulières ?

Mon expérience et mon diplôme d’ASV m’aident énormément, manipuler des animaux stressés ou douloureux, c’était le quotidien du métier, finalement.

Mais j’ai voulu aller plus loin et je me suis formée auprès de David Wijckmans, maître-chien à Linguizzetta, qui m’a fait passer mon permis de détention pour chiens de catégorie 1 et 2. C’était important pour moi de savoir décoder un chien, anticiper, avoir les bons gestes, la bonne posture. Surtout quand il s’agit de faire monter les chiens dans les caisses, ça peut être très anxiogène pour certains, ils peuvent vite se sentir bloqués. Savoir « lire » un chien, c’est essentiel pour une prise en charge optimale et pour la sécurité de tout le monde.

4 – Tu es parfois la seule présence humaine pour un animal qui part chez le vétérinaire sans son maître, comment tu vis cette responsabilité ?

C’est un peu similaire à ce que je vivais en clinique vétérinaire, quand les propriétaires laissaient leur animal pour une chirurgie ou une hospitalisation. Ce n’est jamais simple, il y a beaucoup d’émotions qui se mêlent, l’inquiétude, la tristesse. Et un climat de confiance, c’est indispensable.

C’est pour ça que je fais une pré-visite avant, quand c’est possible, pour une chirurgie programmée, par exemple, pas pour une urgence évidemment. Ça permet d’échanger, de se familiariser avec l’animal, de désensibiliser aux caisses. Et souvent, je connais l’intervention, donc je peux expliquer avec mes mots, pas avec des termes scientifiques 😅, comment ça va se passer en clinique.

Mais ce n’est jamais simple quand le diagnostic n’est pas bon. Je dois savoir expliquer, discuter avec les propriétaires qui n’étaient pas sur place. Je fais face à beaucoup d’euthanasies, à des suivis de pathologies, insuffisances rénales, cancers, diabètes… Et là encore, mon expérience d’ASV m’aide énormément.

5 – Qu’est-ce que les gens imaginent de ce métier, et quelle est la réalité ?

Je pense que les gens voient peut-être ça comme quelque chose de cool, de léger, on transporte un animal d’un point A à un point B, on est sur les routes avec les beaux paysages corses… Mais la réalité est plus complexe. Un peu comme pour l’ASV, où on te dit « t’as un beau métier, tu es avec les animaux, tu vois des chiots et des chatons ». Tout ça est vrai, mais ce n’est pas que ça.

Il faut savoir prendre en charge un animal, gérer une situation d’urgence, gérer ses émotions, agir vite sans précipitation, avoir les bons gestes. Il faut aussi savoir poser les bonnes questions aux propriétaires pour évaluer l’urgence, la situation, parce que c’est souvent moi qui appelle la clinique pour prendre rendez-vous et transmettre les informations. En consultation avec le vétérinaire, chaque détail compte, il ne faut pas lui faire perdre du temps à rappeler le propriétaire. Et ça, ce « filtrage », tu l’apprends en tant qu’ASV, parce que tu es en première ligne à l’accueil.

6 – Si tu devais résumer ce que tu apportes vraiment, au-delà du transport, ce serait quoi ?

Je pense que j’apporte de l’écoute à certaines personnes. Je rencontre beaucoup de gens seuls, isolés, qui n’ont plus que leur animal dans leur vie. Prendre le temps de discuter, s’asseoir autour d’un café, les écouter raconter leur vie d’avant, leurs expériences, les anecdotes avec leurs animaux… ça rallume une petite flamme dans leurs yeux qui s’éteint doucement. Et je me sens chanceuse, parce qu’on a beaucoup à apprendre de nos aînés, ils me partagent le récit de leur vie, des conseils, de vieilles recettes de cuisine. Et c’est toujours très touchant. Ils sont toujours bien accueillants et ont toujours une petite attention : « je t’ai préparé une bouteille d’eau, il fait chaud », « je t’ai fait des gâteaux pour la route »… Ces moments sont précieux.

Et c’est d’autant plus fort quand je reviens chez eux sans leur animal. C’est terrible. Je trouve important de ne pas les laisser seuls dans leur peine.

C’était un pari fou de lancer En Voiture Simone, mais tu imagines même pas à quel point ça m’apporte dans ma vie de tous les jours. Les rencontres que je fais, c’est indescriptible, vraiment.

7 – Est-ce qu’il y a un animal ou une rencontre qui t’a particulièrement marquée, et dont tu te souviens encore ?

Il y en a beaucoup, mais je dirais la prise en charge d’un très vieux chien pour son dernier voyage. La dame ne souhaitait pas être présente, c’est un choix que je respecte, ce n’est pas quelque chose de facile. Mais pour le chien, ça a été terrible… Il cherchait la dame, il était triste et inquiet. Peut-être pas vraiment « prêt » à partir sans elle à ses côtés pour ce dernier au revoir. J’avoue que ça a été dur de voir cette tristesse dans son regard. Mais encore une fois, je comprends et je respecte ce choix. Je reste toujours auprès d’eux, je les accompagne, mais je suis parfois une inconnue pour ces chiens et ces chats.

8 – Tu es en pleine formation nutrition, est-ce que les propriétaires te parlent de l’alimentation de leur chien ? Tu constates une évolution dans leur façon d’y penser ?

Oui, en discutant avec les propriétaires, je vois qu’ils ne savent pas toujours quoi donner, ni en quelle quantité. C’est devenu un vrai casse-tête, il y a tellement de marques et de croquettes dans le monde du petfood qu’on se perd dans toutes les allégations : « sans céréales », « naturel »… Et on ne sait jamais si les marques respectent vraiment ça ou si c’est du marketing. Comme une prise de sang ne permet pas de savoir si la croquette est adaptée, et que l’impact d’une mauvaise alimentation peut n’apparaître qu’au bout de deux ans, c’est très difficile de s’y retrouver.

Je l’ai vécu moi-même, je ne comprenais rien à la composition, quand mon chien prenait du poids je réduisais les portions sans savoir que ça allait créer des carences et qu’il aurait encore plus faim.

Alors je me suis formée auprès d’Arginine, créé par la Dr Vét Charlotte Devaux, pour comprendre et me baser sur des recherches et des données scientifiques, pas sur les croyances du voisin qui a eu des chiens toute sa vie et les nourrissait de restes.

Parce qu’on voit de plus en plus d’animaux en surpoids, ou à l’inverse qui peinent à grossir, qui ont des troubles digestifs… C’est aussi important de leur expliquer que les croquettes vétérinaires, ce ne sont pas les vétérinaires qui s’enrichissent dessus, pour avoir passé des commandes, je connais les prix d’achat, et ce sont des croquettes chères parce qu’il y a énormément de recherche derrière. Et en même temps, il y a des croquettes non vétérinaires très bien, et d’autres encore plus chères que les gammes vétérinaires mais vraiment mauvaises pour la santé. Parce que certains marketings sont là pour rassurer, pas pour informer.

C’est de là qu’est née l’idée de « Dans la gamelle de Simone », pour apporter des recommandations nutritionnelles adaptées à chacun, aider les gens à y voir plus clair, décrypter, comprendre.

Je pense qu’il y a une vraie évolution : on est tous sensibles à la santé de nos animaux et on sait que l’alimentation joue un rôle clé. Mais malheureusement, certaines marques jouent là-dessus dans leurs allégations. Et je trouve que c’est important d’informer et de rediriger vers des marques qui tiennent leurs promesses, des croquettes qui jouent vraiment un rôle dans la bonne santé de l’animal.

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